Terre Neuve

Terre-Neuve est la plus jeune province du Canada; elle se joint à la Confédération le 31 mars 1949 à minuit. Elle constitue la limite orientale du Canada et sur sa côte figurent sans doute les premières pointes de terre aperçues par les Européens. Au Xe, les Vikings venus de l'Islande et du GROENLAND (KALAALLIT NUNAAT) aperçoivent les côtes du Labrador et séjournent brièvement dans la partie nord de l'île de Terre-Neuve. À la fin du XVe siècle, les GRANDS BANCS DE TERRE-NEUVE, situés au sud-est de l'île, sont connus des pêcheurs BASQUES, français et portugais.

 

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Le 10 août 1497, Henri VII, roi d'Angleterre, offre 10 livres à Jean CABOT pour la découverte de la « nouvelle île ». À partir de ce moment-là, l'île est désignée sous le nom de « Terra Nova », mais aussi plus couramment sous le nom de « Newfoundland » par les gens de langue anglaise. Les Français l'appellent « Terre-Neuve », les Espagnols et les Portugais la nomment encore « Terra Nova ».

 

Le LABRADOR, qui fait partie de la province, a probablement reçu son nom de l'appellation portugaise « Terra del Lavradors ». Le CAP SPEAR, situé près de ST. JOHN'S, est le point le plus à l'est de la province et, par conséquent, du continent nord-américain, si l'on excepte le Groenland. Il y a presque 3000 km de distance entre l'Irlande et le cap Spear, tandis que, pour se rendre du même point jusqu'à Winnipeg (au centre du Canada) et Miami (au sud-est des États-Unis), il faut compter respectivement 3100 et 3400 km. La côte sud chevauche le 47e parallèle de latitude nord, tandis que le point le plus septentrional du Labrador, le cap Chidley, se trouve juste au-dessus du 60º parallèle de latitude nord. La province s'étend, du nord au sud, sur un peu plus de 1 800 km.

 

Terre-Neuve-et-Labrador (terre, cours d'eau et plans d'eau douce compris) représente une superficie de 405 720 km2, dont presque les trois quarts, soit 294 330 km2, sont occupés par le Labrador. La province arrive au septième rang des provinces par sa superficie. Ses voisines, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l'Île-du-Prince-Édouard, sont plus petites, même toutes les trois réunies. Terre-Neuve-et-Labrador a une superficie légèrement supérieure à celle du Japon.

 

 

Terres et ressources
La province se divise en deux régions d'étendue inégale : au nord, la partie continentale, le Labrador, de beaucoup la plus grande et, au sud, l'île de Terre-Neuve. Elles sont différentes de par les caractéristiques physiques de leur environnement, la disponibilité de leurs ressources naturelles et la nature et les caractéristiques de l'occupation humaine.

Ces deux régions se subdivisent à leur tour. Le Labrador compte trois sous-régions. Au nord s'étend une région littorale aux montagnes escarpées, aux fjords profonds et à la végétation naine caractéristique de la zone subarctique, région peu habitée. Au sud, région peu ou moyennement habitée, se trouve une région littorale rude, aux terres arides, et couverte de forêts vers l'intérieur. Enfin, la partie la plus vaste, l'intérieur, comprend un plateau disséqué, bien boisé, où la population est concentrée dans quelques grandes villes.

 

L'île de Terre-Neuve compte quatre régions distinctes : la côte ouest, l'intérieur, la côte nord-est et la côte sud. La côte ouest est dominée par les MONTS LONG RANGE aux sommets à surface plane, qui culminent à 814 m. Ils sont bordés à certains endroits par une étroite plaine côtière bien boisée et alternent avec des vallées profondément marquées par les glaciers et avec des baies à l'allure de fjords, dont les plus grandes sont la baie des Îles et Bonne Bay.

 

Des localités s'étendent presque tout le long de cette côte, dans les baies et les anses. Certaines se sont plutôt installées à l'intérieur, dans la Codroy Valley, vers le sud, puis autour du lac Deer, qui s'étend sur une petite plaine enclavée entre les montagnes. L'intérieur est une région semblable à un plateau aux nombreuses ondulations, aux crêtes et aux versants ponctuant la ligne de partage dessinée par les cours d'eau les plus importants : la RIVIÈRE DES EXPLOITS, la RIVIÈRE GANDER, la RIVIÈRE HUMBER et la rivière Terra Nova, qui drainent la majeure partie de la zone.

La région est couverte de vastes forêts, surtout sur les rives en pente douce des principaux cours d'eau. La population est disséminée et est concentrée surtout dans quelques villes axées sur l'exploitation forestière ou minière et reliées par les services de transport.

 

La côte nord-est aux nombreux promontoires, îles et baies, bordée par l'Atlantique, s'étend de la péninsule Great Northern jusqu'à la PRESQU'ÎLE AVALON. Les parties intérieures de cette région sont généralement bien boisées, sauf les promontoires et les îles côtières, où la végétation est rabougrie. Le littoral est caractéristique des terres recouvertes par la glaciation et soulevées à certains endroits par suite de la fonte de la calotte glaciaire. Il présente d'innombrables baies, anses, îles et fjords qui, souvent, constituent d'excellents ports. Chaque année, durant tout l'hiver et jusqu'au début du printemps, cette région peut être bloquée par les glaces descendues de l'Arctique. Des localités se sont développées le long des côtes de la plupart des baies et de certaines îles au large.

La côte sud comprend toute la partie méridionale de l'île de Terre-Neuve. Elle comporte aussi des baies profondes, caractéristiques d'un littoral recouvert par la glaciation. Elle n'est pas bloquée par les glaces de l'Arctique, mais la partie orientale de la presqu'île Avalon, jusqu'à St. John's, peut parfois se retrouver isolée pendant quelques jours.

Les régions intérieures sont en général vallonnées et accidentées, parfois couvertes de marécages peu profonds et d'une végétation saine. Les rives à faible dénivellation de la plupart des principaux cours d'eau et l'intérieur de la presqu'île Avalon sont couvertes de forêts denses.

 

 

Géologie

 

Le Labrador occupe la partie la plus orientale du BOUCLIER canadien, constituée de roches éruptives et métamorphiques dures de l'époque précambrienne. Il existe aussi certaines zones de roches sédimentaires plus tendres, surtout à l'ouest, dans une formation appelée la fosse du Labrador, où se trouve le plus grand gisement de minerai de fer d'Amérique du Nord. La région intérieure est formée par un plateau de 450 m d'altitude en moyenne au-dessus du niveau de la mer, traversé en grande partie par des cours d'eau importants coulant vers l'est, comme le FLEUVE CHURCHILL et ses affluents. Ces cours d'eau traversent la bordure est du bouclier en forme de cuvette et se jettent dans la MER DU LABRADOR. Cette bordure est très montagneuse, surtout dans le nord, où les MONTS TORNGAT s'élèvent à plus de 1500 m d'altitude et dont le point culminant est le mont Caubvick, à 1652 m.

 

En 1993, on découvre un gisement important de nickel, de cuivre et de cobalt à Voisey Bay (approximativement à 35 km au sud-ouest de NAIN). On le considère comme le gisement le plus riche découvert depuis la Deuxième Guerre mondiale et, au début de 1996, on estime le total des réserves à 100 millions de tonnes, quantité comparable à d'autres gisements importants de nickel au Canada.

 

L'île de Terre-Neuve fait partie du système appalachien et présente l'alignement typique sud-ouest nord-est par la disposition de ses principales baies et péninsules, de son réseau de cours d'eau et de ses chaînes de montagnes. Les roches sont plus variées dans l'île qu'au Labrador. Cette grande diversité dans les types géologiques et les âges des formations rocheuses résulte de la dérive des continents suivie de fréquentes périodes de déformation de la croûte terrestre et entrecoupée par de longues périodes d'érosion et de soulèvement de terrain.

Les roches les plus anciennes sont de l'époque précambrienne et se retrouvent dans l'est, dans la presqu'île Avalon et dans la péninsule Burin, ainsi qu'aux alentours. Ce sont essentiellement des roches sédimentaires plissées mais, dans quelques régions, elles ont été ensuite solidifiées en roches volcaniques par le processus d'intrusion. Quelques vestiges de roches sédimentaires ordoviciennes et cambriennes formant des pentes douces se trouvent dans des poches le long de la côte. Les plus importantes se trouvent dans la BAIE DE LA CONCEPTION, où les roches ordoviciennes qui forment l'ÎLE BELL contiennent des couches de minerai de fer (hématite) estimées à des milliards de tonnes.

 

Dans la partie centrale et occidentale de l'île, le sous-sol contient une grande variété de roches sédimentaires, ignées et métamorphiques, du paléozoïque, et l'on constate que la déformation de la croûte terrestre est très marquée. De longues périodes d'érosion à la suite de périodes de soulèvement ont laissé un paysage polycyclique qui comporte des restes d'anciennes surfaces d'érosion qu'on retrouve dans l'intérieur, qui ressemble à un plateau, ainsi que sur les montagnes aux sommets à surface plane des Long Range. De la côte sud, juste à l'est de CHANNEL-PORT AUX BASQUES, jusqu'à la partie occidentale de la BAIE NOTRE DAME, sur la côte nord-est, s'étend un long gisement de roches paléozoïques riches en minerai de cuivre, de plomb, de zinc, d'or et d'argent.

Les roches paléozoïques les moins anciennes et les moins modifiées sont sur la plaine côtière ouest. Elles sont mississippiennes et pennsylvaniennes. Elles contiennent du calcaire et une bonne quantité de gypse, que l'on extrait. On y trouve aussi du charbon et il y aurait du pétrole, mais aucun gisement ayant une valeur commerciale n'a été découvert.

 

Parallèles à la côte est de l'île, sous l'océan, de vastes dépôts de roches du crétacé s'étendent tout le long des Grands Bancs. Le forage à partir des plates-formes en mer a révélé la présence d'énormes réserves de pétrole et de gaz naturel dans cette région. En 1983 et en 1984, la Cour suprême de Terre-Neuve et celle du Canada déclarent que les ressources en mer (particulièrement le champ de pétrole Hibernia) appartiennent au gouvernement fédéral. Le 11 février 1985, un accord signé entre le gouvernement de Terre-Neuve et le nouveau gouvernement conservateur fédéral donne à Ottawa et à St John's « un droit de regard conjoint sur la gestion du pétrole et du gaz exploités en mer » et permet « à la province de taxer les ressources comme si elles se trouvaient sur ses terres ».

 

 

Surface

 

Sur toute l'étendue de la province, on peut encore constater les effets de la période de GLACIATION continentale de l'époque pléistocène, qui remonte à 7000 ans. À ce moment-là, le mouvement des couches de glace décape et sculpte la surface. Une grande partie du matériau d'origine non consolidé sous le sol actuel se compose de débris glaciaires ou de sédiments marins, maintenant dégagés à cause du soulèvement postglaciaire.

 

Les régions intérieures de l'île et du Labrador sont aujourd'hui parsemées de lacs et couverts de moraines, traces d'une immense calotte glaciaire qui se déplace d'abord vers l'extérieur à partir du centre ouest du Labrador puis qui, dans les dernières périodes du pléistocène, se fragmente en plusieurs petites calottes glaciaires dont les centres se trouvent au Labrador, au centre ouest de l'île et sur la presqu'île Avalon.

Les glaces qui creusent des canaux en descendant les vallées du système fluvial préglaciaire dessinent les fjords qu'on trouve sur la presque totalité des côtes. Les plus longs et les plus profonds de ces FJORDS se trouvent dans le Nord du Labrador et autour de la péninsule Great Northern de l'île, mais il existe quelques endroits exempts de ces traces de décapage provoquées par le mouvement de la glace. La majorité des baies sont profondes et possèdent les caractéristiques des fjords. À cause du soulèvement postglaciaire, bon nombre de rivages du nord de l'île et du Labrador sont élevés et présentent de larges bandes de sédiments marins.

 

Les dépôts les plus vastes et les plus impressionnants de sédiments marins sont dans les restes des deltas soulevés près de la baie St-Georges et dans les environs de HAPPY VALLEY-GOOSE BAY, au Labrador, à l'embouchure du fleuve Churchill. Les caractéristiques typiques d'un littoral qui a été recouvert par les glaces, comme les îles au large, les flèches littorales, les tombolos et les pouliers (barachois), sont courantes dans les régions côtières du sud et du sud-est.

Le sol est généralement aride et de texture grossière. Dans le nord du Labrador et dans les endroits élevés de la province, à cause du froid et de l'exposition, il n'y a pas de végétation ou il n'y pousse que des espèces rampantes de lichen propres à la toundra de la zone subarctique.

Dans les régions intérieures, comme à la ligne de partage des eaux du fleuve Churchill ainsi que des rivières des Exploits, Humber et Gander, les couches de surface sont plus profondes et permettent d'excellents peuplements de forêts. De vastes terres marécageuses sont installées dans les nombreuses dépressions de ces étendues à modelé glaciaire. La forêt se compose de plusieurs espèces communes de la FORÊT BORÉALE, qui s'étend dans le nord de l'Amérique du Nord.

 

L'épinette noire domine, particulièrement dans les forêts claires et dans celles régénérées après des incendies. La forêt dense est plus commune, et l'épinette noire et le sapin baumier y dominent, et leur proportion varie selon le site. Cette dernière essence pousse mieux dans les endroits où a eu lieu une coupe à blanc. Parmi les autres espèces figurent le mélèze, le pin ainsi que des espèces à feuilles caduques typiques de la forêt boréale comme le bouleau à papier, le peuplier faux-tremble, l'aulne, le petit merisier et le sorbier d'Amérique.

Une grande partie des régions non boisées sont couvertes de plantes basses semblables à des mousses, dont certaines constituent la nourriture des animaux sauvages. D'autres portent des baies, comme le bleuet, le pain de perdrix et la ronce petit-mûrier (mûres blanches), qui peuvent être consommées par l'homme.

 

 

Eau

 

On trouve de grandes quantités d'eau dans les milliers de lacs, étangs et marais formés lors du retrait des glaces à la faveur d'affouillements glaciaires et de dépôts. Beaucoup d'étangs sont peu profonds, mais les lacs sont encaissés dans de grandes vallées anciennes, creusées par les débris glaciaires et contenues par les dépôts glaciaires. Au Labrador, des centaines de lacs sont aménagés par des canaux, des digues et des barrages pour créer le RÉSERVOIR SMALLWOOD de 6527 km2 (à peu près le tiers du LAC ONTARIO) derrière l'imposant aménagement hydroélectrique des CHUTES CHURCHILL.

Le climat humide et la grande quantité de neige permettent au niveau phréatique de demeurer élevé dans toutes les régions. En général, les lacs sont pleins et les cours d'eau ont un écoulement permanent. Il existe naturellement certaines fluctuations saisonnières et certaines années peuvent être ou très humides ou très sèches, mais l'eau manque rarement pour l'usage domestique ou industriel.

 

 

Climat

 

Le climat varie considérablement d'une région à l'autre. À l'intérieur du Labrador, le climat est continental, alors que dans les régions du sud-est, vers la péninsule Burin et la presqu'île Avalon, il est de type maritime. Entre ces deux extrêmes se situent des zones variables qui permettent tout de même certaines généralisations.

 

Le nord du Labrador se trouve dans la zone subarctique caractérisée par une température froide et sèche toute l'année. Les hivers sont très froids, avec une température moyenne de - 20 ºC, et les étés sont frais, avec une température moyenne de 5 à 10 ºC en juillet. Ces moyennes sont enregistrées au niveau de la mer, celles relevées dans les monts Torngat sont encore plus basses. Les précipitations sont faibles, avec une moyenne annuelle de 46 cm à cap Chidley, dont la moitié tombe en neige. Dans la partie centrale du Labrador, les hivers sont extrêmement froids, avec des températures moyennes variant de - 18 ºC à - 23 ºC en janvier. Les étés sont doux, avec des températures moyennes de 13 ºC à 17 ºC en juillet. Le record de la température la plus basse de la province est enregistré à l'ouest du Labrador, à - 51 ºC, et celui de la plus haute à Goose Bay, à 38 ºC.

 

Dans les régions côtières, la proximité de l'océan réduit les écarts de température entre l'été et l'hiver. Dans les régions littorales du sud du Labrador, il fait froid en hiver et les étés sont frais, alors que dans les régions intérieures, il fait extrêmement froid en hiver, mais doux en été. Le climat dans l'île est presque le même, mais les différences sont moins grandes entre les régions côtières et intérieures. À St. John's, la température moyenne en janvier est de - 4 ºC et de 15 ºC en juillet. À l'intérieur, dans la plupart des endroits, la moyenne au milieu de l'hiver se situe entre - 6 ºC et - 10 ºC et, au milieu de l'été, entre 13 ºC et 16 ºC.

Les précipitations varient selon l'axe nord-ouest et sud-est. La moyenne annuelle dans les environs de la péninsule Burin et de la presqu'île Avalon est de plus de 140 cm, et la quantité va en décroissant quand on se dirige vers le nord-ouest, pour n'être plus que de 40 à 60 cm au Labrador. Les précipitations tombent en quantité à peu près égale tous les mois, mais dans le nord, près de la moitié tombe en neige, alors que dans le sud-est, les chutes de neige en représentent seulement près de 12 p. 100.

Selon les années, on peut enregistrer de grandes variations, en grande partie selon les trajectoires prises par les tempêtes qui traversent l'Amérique du Nord, d'ouest en est. Lorsque la trajectoire est en direction nord, l'hiver est doux et il tombe peu de neige, alors que, si elle est en direction sud, l'hiver peut être extrêmement froid et apporter beaucoup de neige. Des tempêtes fréquentes signifient beaucoup de vent à des vélocités élevées. Les eaux côtières sont souvent dangereuses pour les petites embarcations. Le mélange des masses d'air du COURANT DU LABRADOR et du Gulf Stream produit du BROUILLARD sur les Grands Bancs, dans les régions littorales de l'est et du sud, surtout au printemps et au début de l'été.