Oiseaux marins

On désigne ainsi des OISEAUX qui passent de longues périodes en mer, de laquelle ils prélèvent la plus grande partie de leur nourriture qu'ils capturent en vol, en nageant ou en plongeant. On les retrouve dans presque tous les océans. Certains se nourrissent le long des côtes alors que d'autres, qui ne dépendent pas de la terre pour leur nourriture et leur repos, vont au large pour sonder les eaux profondes des zones pélagiques éloignées.

 

Le groupe comprend 4 ordres (voir CLASSIFICATION ET ÉVOLUTION DES OISEAUX) : les Sphéniciformes (manchots), les Procellariiformes (albatros, fulmars, prions, pétrels et PUFFINS), les Pelecaniformes (oiseaux des tropiques, PÉLICANS, CORMORANS, FOUS et frégates) et les Charadriiformes (labres, GOÉLANDS, LABBES, STERNES, noddis, becs-en-ciseaux et PINGOUINS) pour un total de 15 familles d'oiseaux marins et environ 315 espèces réparties dans le monde entier, ayant toutes un cycle évolutif à prédominance marine. Le Canada compte 8 familles, 64 espèces, 48 espèces nicheuses, 16 visiteurs réguliers non nicheurs et une espèce disparue, le GRAND PINGOUIN. Certains oiseaux associés aux oiseaux de mer, tels les huards, les grèbes, les canards de mer et les phalaropes sont parfois qualifiés d'oiseaux marins, mais ils sont nettement adaptés à la vie terrestre et à celle d'eau douce et ne sont que partiellement adaptés au milieu marin.

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Distribution
Les oiseaux marins présentent une distribution précise et non aléatoire dans leur environnement marin. Ils reviennent se reproduire sur la terre ferme, formant souvent d'immenses colonies composées d'individus d'une ou de plusieurs espèces. Ces aires de reproduction sont un compromis entre les conditions océanographiques qui leur procurent une nourriture suffisante et prévisible, et les emplacements terrestres situés à proximité de cette source de nourriture où les oiseaux trouvent des sites de nidification et peu de prédateurs terrestres. En dehors de la période de nidification, les oiseaux se regroupent habituellement dans les eaux riches en nutriments ou dans les zones de remontée des eaux, les fronts ou tout autre phénomène océanographique qui entraîne la nourriture en surface et l'y maintient.


Influences de l'homme
Une conséquence évidente de cette distribution en groupe durant toute l'année est le risque élevé pour les populations d'oiseaux marins d'être exposées à la pollution et autres activités humaines dangereuses. L'exploitation directe des oiseaux comme source de nourriture, d'huile, d'appâts, de fertilisants (à partir du guano) et de vêtements est, pour l'instant, superficielle, et la chasse de subsistance n'est permise que pour les pays en développement. Cependant, une chasse aux oiseaux de mer non règlementée ou mal supervisée se poursuit dans certains pays développés, notamment au Canada. Le GUILLEMOT de Brünnich et le Guillemot marmette sont chassés dans les eaux côtières de Terre-Neuve et du Labrador. Seuls les Terre-Neuviens peuvent exercer ce droit acquis peu après l'entrée de leur province dans la Confédération en 1949 (les seuls non autochtones ayant le droit de chasser le guillemot en Amérique du Nord) et le nombre limite de prises et les quotas annuels ne datent que de 1994. Même si une réglementation existe, sa mise en application se fait difficilement et ne permettra sans doute pas de prévenir la diminution éventuelle de la population et la disparition de colonies.

Bien que la surexploitation représente un réel danger pour le guillemot et d'autres espèces marines, les dangers actuels les plus graves proviennent des conséquences indirectes d'autres activités humaines : pollution ou intervention qui touchent les oiseaux directement en mer (hydrocarbures, enchevêtrement dans des filets de pêche et noyade), sur la terre ferme au moment de la reproduction (animaux étrangers introduits, augmentation non naturelle de prédateurs naturels, perturbation humaine, tourisme), ou de façon indirecte en modifiant la qualité et la quantité de leur source d'alimentation (expansion de l'industrie de la pêche et surpêche de leurs principaux aliments, contamination par des produits chimiques persistants). Le RÉCHAUFFEMENT PLANÉTAIRE ne laisse également rien présager de bon.


Population
Comprendre exactement comment ces perturbations et ces agressions environnementales touchent la faune et la flore marine ainsi que les ÉCOSYSTÈMES est loin d'être évident. Cependant, chez certains oiseaux marins, on note déjà des changements dans la taille et l'état des populations, lesquels sont associés à l'expansion généralisée de l'industrialisation et à l'exploitation de la ressource marine dans toutes les zones océaniques. Certaines espèces ont subi un important déclin de leur nombre et leur situation, et seule une intervention immédiate permettrait de diminuer les risques d'extinction. D'autres, dont le nombre a explosé, sont entrées en conflit direct avec l'homme et sont devenues nuisibles en envahissant les habitats urbains et ruraux, en entrant en compétition pour la nourriture et en transmettant des maladies.


Évolution biologique
Les deux modes d'évolution très différents qui ont émergé chez les oiseaux marins peuvent expliquer la vulnérabilité de certaines espèces face aux modifications de l'environnement. Les espèces du type généraliste sont opportunistes et savent s'adapter, elles tirent souvent profit des modifications apportées par l'homme à l'environnement marin, alors que les espèces du type spécialiste dépendent de conditions spécifiques, ne s'adaptent pas facilement aux changements, sont extrêmement vulnérables aux perturbations causées par les humains dans les eaux côtières et les habitats. Leur population ne cesse donc de diminuer.

 

L'analyse des tendances observées chez les oiseaux marins de l'Atlantique au cours des 75 dernières années indique une nette augmentation du type généraliste, tels le FULMAR BORÉAL, la Mouette tridactyle et les goélands de grande taille du genre Larus, par exemple le Goéland argenté et le Goéland à manteau noir. Cette hausse semble due à l'augmentation de la source de nourriture artificielle disponible engendrée par l'expansion de l'industrie de la pêche et les humains. Les espèces dites spécialistes, y compris l'OCÉANITE, la sterne et le pingouin ont connu une diminution de leur nombre. De façon générale, l'avenir de ces espèces marines spécialisées doit être considéré comme précaire, d'autant plus que les perturbations humaines iront sans doute en augmentant.


Conservation
Les besoins actuels de conservation pour les oiseaux marins partout dans le monde, plus particulièrement chez les espèces nicheuses en colonies les plus spécialisées, requièrent la protection intégrale des plus grosses colonies nicheuses (terre et eaux environnantes) et des principales aires d'alimentation, à la fois durant et après la saison de nidification. Les sites de nidification doivent être protégés des nombreuses perturbations humaines, directes et indirectes. Au Canada, des SANCTUAIRES D'OISEAUX fédéraux et provinciaux et des réserves d'espèces sauvages tels que l'île Prince Leopold (Territoires du Nord-Ouest), l'île BONAVENTURE (Québec), l'île Machias Seal (Nouveau-Brunswick), l'île FUNK et les îles de Witless Bay (Terre-Neuve) offrent une certaine protection pour les oiseaux marins nicheurs, mais le pourcentage de sites de nidification de grande envergure profitant d'un statut de protection officiel est faible, particulièrement dans l'Arctique canadien. Dans l'ensemble, un plan d'application à l'échelle nationale et internationale doit être conçu pour garantir le respect et l'application des règlements en vue d'atteindre les objectifs de gestion et de conservation.

 

Auteur DAVID N. NETTLESHIP

 L'Encyclopédie canadienne